Chartreuse Dynamique

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ARCABAS - Jacqueline a retrouvé son artiste de mari !

Publié le 31 Août 2018 par Chartreuse Dynamique in Infos diverses

 

Jean Marie, avec lequel elle a partagé 70 années de sa vie. Elle l'a chouchouté, gâté, son artiste préféré, en plus de gérer tout ce qui n'était pas << peindre>>. Femme d'intérieur, femme de communication, gestionnaire d'entreprise et de l'oeuvre de son mari, elle faisait tout avec une aisance et une compétence remarquables. Sa vitalité, légendaire, faisait dire à ses amis qu'elle était inoxydable, inaltérable, car jusqu'à 93 ans, elle n'a cessé de tout gérer, de tout prévoir, jusqu'à la dernière heure où elle est partie pour cette clinique dont elle n'est jamais revenue. Malgré les années, elle a gardé une prestance à en faire rêver plus d'une...

Mais.....  c'est un peu bizarre de parler à ce point de Jacqueline alors que l'on célèbre le décès d'Arcabas. En fait, pas si bizarre que ça, tant ces deux êtres étaient complémentaires. Ils ne faisaient pratiquement qu'un, mais quelle association!!! Sans Jacqueline, Jean Marie aurait été un grand peintre, plein de talent. Avec Jacqueline, il est devenu Arcabas!

 

Arcabas - Autoportrait

Sa signature est partout, en Europe et bien au delà, jusqu'au continent Américain, sur des tableaux, mais aussi sur des coupoles, des sculptures, des vitraux. Ses œuvres se comptent par milliers, fruits d'une carrière particulièrement longue.

 

 

C'est en effet au début des années 50 que le jeune peintre Jean Marie Pirot rencontre le curé de st Pierre de Chartreuse et de st Hugues, le père Truffot. Un visionnaire audacieux qui a laissé libre cours à la créativité du jeune artiste, fraîchement sorti de l'école des beaux arts de Paris, pour exprimer son talent dans la petite église de st Hugues qui n'était pas en très bon état. Le maire du village, un autre visionnaire qui a donné à st Pierre de Chartreuse ses lettres de noblesse, Auguste Villard, a soutenu l'initiative du prêtre. Et ce trio plein de compétences est devenu gagnant. L'oeuvre du jeune artiste s'est développée en trois étapes, et avec elle, la restauration de cette petite église. Le grand bandeau central de l'oeuvre, majestueux, est réalisé en un temps record.

 

 

Puis une quinzaine d'années s'écoulent où l'artiste réalise de nombreuses toiles et chantiers, avant de faire une pause de 3 années à Ottawa au Canada. Il retrouve, à son retour en 1972, st Hugues et le père Truffot hélas pas pour longtemps puisque celui-ci disparaît quelques mois après. Il a acquis le pseudonyme Arcabas, et réalise le bandeau supérieur, nommé couronnement, où il cultive l'abstrait. 

 

 

Une bonne dizaine d'années plus tard, il n'y a plus, ni le père Truffot, ni Auguste Villard, ce qui change beaucoup de choses, mais Arcabas est toujours là, et réalise la dernière partie de l'oeuvre de st Hugues, la prédelle qui est le bandeau inférieur, alors qu'il vient de faire don de son oeuvre au département de l'Isère. L'église devient un musée, mais reste cependant une église où l'on pratique le culte, comme l'a exigé Arcabas. Nous sommes en 1985.

 

 

Depuis, Arcabas a beaucoup travaillé chez lui, dans son atelier. 

 

 

 

Mais il a aussi réalisé des chantiers, comme au sanctuaire de la Salette au sud du département de l'Isère dans les années 90 ou dans l'abbaye de Tamié au début des années 2000, et jusqu'aux vitraux de la basilique de Grenoble, un chantier titanesque dont la finition est en cours. Ci dessous, en plein travail avec le maître verrier, Christophe Berthier.

 

 

Son image est très attachée à l'art sacré, mais il a réalisé beaucoup de toiles qui n'ont rien à voir avec la religion. Des paysages, des scènes de la vie courante, de simples objets de sa cuisine à priori sans importance, mais qui deviennent magiques dès lors qu'ils sont passés par ses pinceaux! Ci dessous, une toile superbe montrant des colonnes, des effets d'ombres et d'éclairage leur donnant ce plus bel effet.

 

 

Mais on revient vite à l'art sacré, avec cette scène des pèlerins d’Emmaüs illustrant le partage. Une pure merveille dont on ne peut se lasser! (une de plus).

 

 

En hommage à Arcabas, voici une petite vidéo datant de janvier 2016. Elle a été réalisée par un proche qui a eu le privilège d'accompagner les "Arcabas" chez le maître verrier, Christophe Berthier, pour effectuer l'opération dite de grisaille sur un des vitraux de la basilique de Grenoble. Les images ont été faites avec un téléphone, discrètement pour ne pas perturber le délicat travail. 

Il faut juste penser que Jacqueline avait 92 ans et Jean Marie 90.... Et là,  Respect !

 

Cette opération consiste dans un premier temps à déposer une couche de poudre grise sur les verres du vitrail, ce qui l'obscurcit. Puis, enlever cette poudre aux endroits que l'on veut éclaircir. L'opération est réalisée par le maître verrier au moyen d'une simple balayette, puis d'un pinceau. Un sèche cheveux chasse la poudre qui a été enlevée. Chaque verre du vitrail est ensuite démonté en faisant attention de ne pas toucher à la poudre grise. Puis il est enfourné à haute température pour que la couche de gris se vitrifie sur le verre pour... des siècles !

L'opération de grisaille est pilotée par l'artiste qui regarde le résultat en temps réel par transparence. Un dispositif très ingénieux a été mis au point par le maître verrier pour permettre à Arcabas de guider l'opération de grisaille tout en étant assis, dans une position compatible avec l'état de ses vieilles vertèbres. Le vitrail est posé à plat sur un chassis et éclairé par les projecteurs du plafond. La lumière traverse la couche de gris et le verre du vitrail, puis est réfléchie par des miroirs inclinés en dessous, vers l'artiste.

Christophe Berthier, un modèle de bonté, un poids lourd de compétences! 

 

 

Arcabas était un homme très simple, plein d'humour, malgré sa notoriété. Il n'en était pas moins provocateur à l'occasion, comme sur cette toile représentant sainte Cécile se bouchant les oreilles parce qu'elle écoute une musique qu'elle ne veut pas entendre! Une autre toile provocatrice représente un ange fumeur qui souffle un gros nuage de fumée, certainement à l'attention de tous les technocrates qui ne cessent d'interdire de fumer ici ou là.

 

Pourvu que les technocrates ne créent pas une taxe pour les anges!

Tout ça l'amusait beaucoup (et pas que lui d'ailleurs)!

 

Il aimait les moments calmes avec ses proches, voisins et amis, à midi moins dix (l'heure du pastis) pour l'apéro ou pour un barbeuc au four à pain des voisins. Lors d'un méchoui ou d'un cochon de lait, c'est lui qui goûtait le premier morceau de viande! Le courant passait aussi très bien avec les jeunes. Le vieil artiste affichait souvent une adorable complicité avec le jeune ado.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les moments plus difficiles, car il y en avait surtout les derniers mois, étaient, quant à eux, pris avec beaucoup de recul et de sérénité. Les personnes qui s'occupaient de lui au quotidien, celles qui travaillaient pour la maison, le personnel médical, kinés, infirmières ainsi que les proches voisins et amis, ont formé un cocon d'attention, d'amour, dont il était le centre, le coeur, le moteur. La qualité de l'accueil était merveilleuse dans cette maison en toutes circonstances. La perte de ces deux êtres est immense pour les proches, les amis. On ne la mesure encore pas, c'est trop récent. Pour notre village, il est difficile d'imaginer tout ce que les "Arcabas" ont apporté tant le patrimoine culturel est grand. Une longue digestion des événements sera sans doute nécessaire. Les valeurs de vie qu'ils n'ont cessé de répandre devraient constituer une base de référence pour tous les "paumés" en recherche de valeurs auxquelles se raccrocher.

 

On ne pourrait pas conclure ces lignes sans évoquer l'hommage d'Arcabas à Bernanos, dans ce polyptique gigantesque de 5 mètres sur 5, qui est exposé à Toulouse dans la basilique st Sernin et qui doit prendre place définitivement aux Jacobins, un des joyaux de la ville rose. Ci dessous, l'installation du polyptique à st Sernin.

 

 

Pour finir, une anecdote a circulé dans la famille le lendemain du décès d'Arcabas. Jacqueline aurait téléphoné pour dire...  que Jean Marie était bien arrivé.   C'est excellent...

Mais, au fait, est-ce vraiment une anecdote???

 

 

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